L’artiste Marian Zidaru : un symboliste religieux d’exception

L’artiste plasticien Marian Zidaru est né dans un siècle malheureux, dans lequel la lutte entre le matérialisme et l’idéalisme a été tranchée fermement en faveur du premier, qui a réussi d’abord à devenir pouvoir dans l’État et ensuite à exercer une influence despotique sur l’homme. Dans l’État communiste les artistes ont eu à choisir : devenir des flatteurs de cour du pouvoir, en promouvant un art matérialiste décadent, ou dévoiler le visage laid du monde dans lequel ils vivaient, en risquant les prisons ou le spectre du jour où ils mourraient de faim. Cette alternative s’est prolongée un temps même après la chute du communisme, dans cette trouble période de transition qui semble ne plus finir. À Marian Zidaru cependant, Dieu lui a offert la chance de choisir une troisième voie, celle de la purification, en lui donnant comme modèle un groupe de chrétiens orthodoxes dont la vie était modelée d’après la Parole de Dieu, qui, descendant du ciel à Pucioasa dès l’année 1955, les conseillait comme des enfants sur comment choisir et comment garder le chemin, la vérité et la vie. Marian Zidaru n’a pas gaspillé cette chance unique, mais il a choisi la résurrection en esprit. Il s’est fait renaître lui-même chrétien d’après ce modèle offert par Dieu, dans un monde dans lequel l’athéisme et le conformisme religieux avaient englouti peu à peu l’esprit de l’Église et ses gens.

Marian Zidaru ne s’est pas contenté de se convertir dans sa mentalité, mais dans tout son être. C’est pourquoi son art a enregistré un tournant radical dans le symbolisme religieux. Dans un monde contorsionné par les frayeurs, habitué à parler de Dieu à voix basse et à faire le signe de la croix avec la langue, Marian Zidaru a eu le courage de donner par l’objet d’art un visage visible à la parole de l’Ecriture qui dit que lorsque les hommes se tairont, les pierres crieront et confesseront le Christ crucifié et ressuscité. (v. Ev. Luc, 19/40).

Marian Zidaru a risqué deux fois. D’abord, il a risqué sa tranquillité, en promouvant un art au message religieux dans un monde imbibé de la doctrine matérialiste-athée. Ensuite, il a risqué sa crédibilité tant parmi les artistes, les critiques et les gens de culture, que parmi ses coreligionnaires orthodoxes, en traduisant dans une vision propre, par l’objet artistique matériel (pierre, bois, métal), l’ineffable de l’Ecriture. Cet acte de courage a suscité certaines oppositions ouvertes qui avec le temps ont acquis une agressivité aiguë. Ceux qui n’ont pas compris la symbolique brancusienne que Marian Zidaru s’est efforcé d’adapter au message biblique l’ont accusé d’infantilisme religieux et d’hérésie artistique. Ses détracteurs ont fait appel à tout l’attirail bon marché de la défunte propagande athée communiste : art rétrograde, antichrétien, antidogmatique, antisocial, sectarisme étroit, mépris pour l’hermeneia chrétienne, idolâtrie. Combien et qu’ont-ils compris, ces calomniateurs analphabètes en art, du message de l’art de Marian Zidaru ?

Pour ceux qui ont des yeux pour voir, le message de Marian Zidaru est pourtant on ne peut plus clair. Il s’efforce de démontrer à l’homme que le monde invisible peut être perçu avec les sens libérés des passions, lavés du péché. Dans son art, les ailes traduisent la consolation du Saint-Esprit (v. Exode, 25/20), et les yeux innombrables rappellent l’omniprésence de Dieu (v. Ezéchiel, 1/18). Mais l’homme s’est tellement habitué à l’existence terne de demi-sous-sol que, si quelqu’un lui offrait gratuitement des ailes pour voler, il refuserait probablement avec véhémence ; en revanche, il modèle avec insouciance les esprits mauvais à son image et à sa ressemblance, par l’exercice de la libre volonté. Dans ce contexte, l’artiste ne peut être tenu coupable de saisir la mentalité de ses semblables. Au Moyen Âge, le prototype mental de la beauté charnelle (femmes potelées, voire grasses, bébés joufflus) s’est transféré dans la création artistique. Les artistes n’ont pas hésité à représenter de saintes femmes vêtues de peu d’habits, portés négligemment pour mettre en évidence la rondeur de leurs formes, et les angelots comme des bébés rosés, tout nus et débordant de santé. La faute ne leur appartient pas à eux, mais à l’esprit de cette époque-là.

Aujourd’hui l’homme contemporain est passé entièrement de l’esprit dans la chair. Le monde est resté pauvre et laid. Ceux qui se disent „chrétiens“ ont réduit leur foi à l’esquisse sur le corps de quelques croix hâtives et tordues et à l’allumage occasionnel d’une poignée de cierges. La croix tordue est donc devenue une composante ordinaire de la vie courante, quelque chose d’inséparable de l’homme. Elle porte cependant avec elle aussi une connotation symbolique : la croix est vivante ; elle sent la souffrance actuelle du Christ pour les péchés de l’homme et se courbe de douleur. En même temps, elle est abandonnée ; l’homme s’est détaché d’elle, ne voulant plus renoncer à lui-même, prendre sa croix et suivre le Christ. Et quand Marian Zidaru reproduit avec courage et persévérance ce triste état de fait, visible à chaque pas, ceux qui sont visés indirectement s’enflamment de l’esprit inquisitorial et se lancent dans des invectives qui visent à anéantir l’artiste, regagnant ainsi pour eux-mêmes la douce tranquillité de l’autosatisfaction dogmatique : « „L’art des jérusalémites“ est plein de symboles qui ont trop peu ou même rien en commun avec l’art chrétien authentique... le public ne sait rien de la représentation authentique et ne juge que d’après les critères d’une esthétique déformée par le mensonge ; leurs œuvres réussissent à s’imposer par le bizarre, et non par le message communiqué » (citation de la revue „Catacombele Ortodoxiei“, juillet 1999, page 23).

En réalité, ces soi-disant „jérusalémites“ sont des chrétiens orthodoxes authentiques, qui respectent les canons de l’orthodoxie ancestrale et sont organisés dans la communauté de l’Église de la Nouvelle Jérusalem de Pucioasa, la nouvelle Bethléem, où est née et naît la Parole de Dieu.

Comme nous l’avons déjà dit, le message de l’art de Marian Zidaru se déchiffre avec facilité là où l’on renonce aux idées préconçues et au dogmatisme. Malheureusement, l’aveuglement du grand nombre est sans remède, parce qu’il part du cœur. Pour eux, Marian Zidaru invente des licences artistiques, traduisant en langage écrit ce qu’eux, analphabètes en art, ne peuvent pas comprendre : parole, horizon, eau, ciel, feu, terre. Mais, comme il fallait s’y attendre, les messages ont été reçus à l’envers, non comme une impuissance du spectateur, mais de l’artiste. Chez le peintre Sorin Dumitrescu, par exemple, l’envie de corporation éclot impudiquement et fait ensuite irruption dans de petits articles de bas de page, marqués d’accents grossiers, charnels, qui démasquent ses impuissances exophtalmiques à regarder les objets en eux-mêmes et à distinguer le diaphane informel qui se cache dans l’art de Marian Zidaru : « Les sucettes plastiques confectionnées en matériaux prolixes... les objets de Zidaru ne peuvent pas être regardés en eux-mêmes, adorés unilatéralement, esthétiquement... des dessins „sympas“... Les objets et les textes de Zidaru sont un, et chacun pris à part sont incongrus... moi je les ai nommés sectaires... décrit une sorte de Marian Zidaru malentendant et incapable d’articuler ne serait-ce qu’un petit mot, mais en qui le charisme est près d’éclater » (Sorin Dumitrescu, le journal „România liberă“, 1995).

De façon naturelle, les critiques honnêtes n’ont cependant pas hésité à opérer dans leurs essais avec des superlatifs : « ...à l’heure actuelle, Marian Zidaru est le seul artiste complet que possède la culture roumaine... Il réinvestit symboliquement le christianisme le plus authentique, dans sa variante orthodoxe... Marian Zidaru présente non seulement un art qui tend vers la perfection, mais aussi lui-même comme un modèle humain qui, sans être ascétique, tend vers la perfection » (Erwin Kessler, la revue „22“, 1995).

Mais la plus grave confusion, une confusion voulue cette fois-ci, est entre l’artiste Marian Zidaru et la „personne charismatique“ Marian Zidaru, telle que ses dénigreurs se la sont conçue mentalement. Ne pouvant pas le comprendre en tant qu’artiste, ils l’ont attaqué en tant qu’homme. Sa sincérité d’enfant et la joie de prêcher la Parole de Dieu, aussi bien avec les outils de l’artiste que de vive voix en diverses circonstances occasionnelles, ont été exploitées contre lui, en lui attribuant des velléités qu’il n’a jamais eues, pour pouvoir ensuite les lui contester comme non canoniques. Ainsi, Marian Zidaru a été „oint“ du jour au lendemain par ses dénigreurs comme „fondateur“, „organisateur“, „guide“ ou „gourou“ pour les quelques chrétiens restés authentiques dans le vécu orthodoxe ancestral. Au contraire, ce sont justement ceux-ci qui l’ont compris tel qu’il était et l’ont reçu parmi eux et l’ont protégé et l’ont aimé comme un frère cadet. Cette démarche qui est la leur, de tolérance et même de protection de l’art moderne, a été déformée et comprise à l’envers par les diffamateurs de Marian Zidaru, qui se sont obstinés à le promouvoir dans leur vision comme un „rénovateur“ et „créateur d’une secte nouvelle“, en fait la secte du Nazaréen Qui S’est prêché Lui-même Parole de Dieu, et Qui a établi sur la terre roumaine la Nouvelle Jérusalem prophétisée par les Ecritures.

Tout ce qu’a créé Marian Zidaru a été utilisé désormais non seulement contre lui, mais aussi contre les chrétiens qui l’avaient adopté comme un frère. L’envie du diable s’est abattue sur l’Église, apportant obscurité et haine, faim de Moloch qui dévore ses fils. L’institution de l’Église, au lieu d’embrasser le plus grand miracle de tous les temps, la Parole de Dieu, qui coule comme un fleuve intarissable jour et nuit, l’a attribuée avec une sérénité impardonnable à... Marian Zidaru, l’accusant en même temps de mystification. Elle s’est acharnée ensuite dans une opposition sans précédent, se rejetant elle-même hors des bras de Dieu et préférant la solitude dans le désert, une nouvelle captivité babylonienne, que les Juifs goûtent eux aussi depuis deux mille ans, attendant toujours le Messie.

C’est pourquoi, pour ceux qui n’ont encore rien compris de ce qui s’est passé et se passe autour de cette personnalité artistique, une précision détaillée, ferme et définitive s’impose.

1. Marian Zidaru a été, est, et restera probablement un grand artiste, pour qui l’art plastique est une manifestation existentielle intime, polie en de nombreuses années de formation, de contemplation et de travail, dont il ne peut pas, ne veut pas et n’a même pas besoin de se séparer. En cette qualité il s’exprime librement, engageant en son nom personnel sa création en tant que traducteur de ses propres expériences et visions, mais aussi de celles de ses semblables du monde visible sur le monde invisible. Personne n’a le droit (bien que certains l’aient fait de manière abusive) de prendre ses interprétations artistiques et de les transférer sur toute la communauté de chrétiens à laquelle appartient Marian Zidaru. Personne n’a le droit d’interpréter de façon tendancieuse l’art de Marian Zidaru, en lui conférant une autre nuance symbolique que celle strictement personnelle, puis en l’accusant de proposer un nouveau style religieux et une nouvelle mentalité de vie chrétienne. L’orthodoxie ne se légitime pas par la création singulière d’un artiste plasticien, mais par la vie communautaire dans l’Église, conforme à l’Esprit de la Sainte Ecriture. C’est pourquoi toutes les spéculations antérieures qui essaient d’anathématiser (en se servant de la formule inventée : „la secte de Marian Zidaru“) l’ouverture irénique adoptée par les chrétiens orthodoxes de l’Église de la Nouvelle Jérusalem envers son art sont frappées de la nullité que leur confèrent l’obtusité et la mauvaise intention de ses dénigreurs. S’il en était besoin -mais ce n’est pas le cas !-, les chrétiens de l’Église de la Nouvelle Jérusalem pourraient renoncer à tout moment à toute la création artistique de Marian Zidaru (sauf aux Saintes Croix et aux Saintes Icônes), mais à la Parole de Dieu venue du ciel ils ne renonceront jamais.

2. Marian Zidaru n’est ni fondateur, ni mentor d’aucune secte chrétienne. Il est un chrétien orthodoxe ordinaire, intégré à l’une des communautés de chrétiens orthodoxes qui vivent authentiquement l’orthodoxie dans l’esprit d’Église : l’Église de la Nouvelle Jérusalem. Ici il n’a aucune fonction, aucun rang, il ne peut même pas être nommé „le premier entre égaux“.

3. Marian Zidaru n’est pas auteur ou coauteur de „la Parole de Dieu“, il n’est même pas un théoricien dogmatique, car ses communications sur des thèmes artistico-religieux sont peu nombreuses et occasionnelles. La Parole de Dieu, ce „fleuve“ qui inonde la terre et le ciel, les arrosant pour que les âmes desséchées d’amour pour Dieu puissent bourgeonner, n’appartient pas à Marian Zidaru, ni même à quelque autre homme. Elle vient du ciel et elle est ce qu’elle est et se nomme elle-même : la Parole de Dieu. Ceux qui ont cependant associé hâtivement cette œuvre au-dessus de la nature au zèle, à l’éloquence et aux possibilités formatives-éducatives de Marian Zidaru se sont trompés.

Le prêtre Ioan Buga n’aurait-il pas remarqué, par exemple, que ses propres spéculations malveillantes à l’adresse de la personne de Marian Zidaru tendent involontairement vers le superlatif absolu, qui n’appartient qu’à Dieu ? Dans la vision de Ioan Buga, et notamment dans sa partie positive, « ...La genèse du phénomène de Pucioasa... se devine avoir été extrêmement orthodoxe et profonde... Marian Zidaru... reste un théologien presque sans égal, dans toute l’orthodoxie actuelle. Il se meut dans l’Ecriture dans ses deux côtés, avec une aisance et une familiarité de doctissimus angelicus... il s’est caché définitivement dans l’Ecriture et tout ce qu’il fait ou dit porte l’empreinte reconnaissable entre toutes de l’esprit biblique... Il peut à tout moment continuer un Isaïe, un Jérémie surtout, un Paul et même le Christ, en ce qui concerne la manière d’expression prophétique-eschatologiste... Il rêve d’un monde de l’amour pur, sans péché... ». Ce n’est que sur l’art de Marian Zidaru que le prêtre Ioan Buga a une vision honnête : « ...-vois sa peinture- la ligne byzantine la plus fine possible... » (citations du livre „Golgotă și Parusie“ du prêtre Ioan Buga, pages 27-28). Étrange myopie chez ce prêtre, par ailleurs particulièrement docte, que d’attribuer à Marian Zidaru des qualités presque divines, incompatibles avec la réalité des faits. N’aurait-il pas su que sur le plan théologique Marian Zidaru est autodidacte, n’ayant reçu des écoles de son temps même pas une préparation théologique élémentaire, encore moins universitaire ? Et, alors, n’est-il pas évident que le sublime intrinsèque à la Parole de Dieu dépasse en persuasion toutes les créations philosophiques existant à présent, élaborées péniblement par des esprits éclairés, par des personnalités connues dans la vie, qui pourraient, le cas échéant (mais dans quel but ??) faufiler de belles paroles en des messages dits „célestes“ ? Qui pourrait le faire, inlassablement, depuis presque cinquante ans ? En aucun cas Marian Zidaru, âgé, maintenant, de quarante-sept ans.

La Parole de Dieu n’est donc pas conçue et répandue par Marian Zidaru.

La Parole de Dieu a été, est et sera Celui Qui peut à juste titre dire de Lui-même : Je suis Celui Qui est.

Père Nicodim

2 août 2003